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Unicorn pop porn / français

Simon Wursten

UNIL

 

 

Les peintures de Yannick Lambelet ont la particularité de consister en ce que l’on pourrait qualifier de « collage 2.0 ». Comme point de départ de ses œuvres, le jeune peintre suisse romand réinterprète en effet la technique séculaire du collage en l’adaptant aux nouvelles technologies. Il récolte ainsi des images sur internet, Google constituant pour l’exercice une source d’inspiration illimitée, et traite ces éléments en composant un « collage » numérique qui trouve sa matérialisation grâce à la peinture. En sélectionnant de manière faussement arbitraire des images sur le net, Yannick Lambelet sature ses compositions de références culturelles hétérogènes qui, réassemblées, engendrent des œuvres composites symboliquement complexes. La médiation par le montage numérique soumet les images à une recontextualisation qui offre un regard inédit sur ces éléments issus du fourre-tout de la pop culture qu’est internet. Yannick Lambelet offre ainsi l’occasion d’observer sous un nouveau jour ce qui constitue un pan majeur du patrimoine culturel contemporain, tel qu’internet en permet à la fois une compilation et une synthèse. Il questionne de la sorte et de manière pour ainsi dire ethnographique notre relation à ce patrimoine dématérialisé et virtualisé qui n’est pourtant autre que le plus grand stock d’images, et donc de représentations, qui ait jamais existé.

 

Pour « unicorn pop porn », Yannick Lambelet radicalise sa démarche picturale. S’il adoptait jusqu’à présent une posture démiurgique dans laquelle il « ressuscitait » les images réduites à un état numérique en leur rendant leur matérialité originelle, l’artiste revêt cette fois-ci des atours dignes du Dr. Frankenstein, puisqu’il s’essaie à « donner vie » à des images de synthèse qui n’existent qu’à l’état digitalisé. Le passage de la virtualité à la matérialité suit un processus semblable à celui déjà évoqué : sélection des images et montage de la composition sur la toile virtuelle, matérialisation par la peinture sur la toile réelle. De même que la créature du Dr. Frankenstein, l’œuvre de Yannick Lambelet ne dissimule cependant pas son aspect expérimental : le collage est flagrant, les sutures visibles, l’origine virtuelle des éléments de la composition assumée et renforcée par la présence déroutante d’un aplat coloré abstrait. Le résultat étrange de ce processus créateur est un hybride fascinant entre virtualité et matérialité, ni tout à fait vivant, ni tout à fait mort, à l’image des zombies présents dans la composition. Si l’objet matériel est bien présent sous nos yeux, celui-ci suscite le malaise par l’absence d’émotion qui se dégage de la toile, réminiscence de l’origine purement virtuelle des éléments qui la composent. Yannick Lambelet joue donc ici avec les registres, plus que jamais à cheval entre l’art numérique et le classicisme du medium pictural.

 

Pour son incursion dans les limbes digitaux, le jeune peintre prend le parti d’explorer les bas-fonds du langage pictural virtuel. C’est le côté sombre et à la fois pratiquement ontologique à ce patrimoine virtuel qui est mis en scène dans la référence froide à la pornographie dont le web est envahi. Yannick Lambelet affirme ici de manière frontale sa posture ethnographique par son refus catégorique de classifier les registres, considérant fondamentalement la culture comme un agglomérat de rites et représentations sans hiérarchie.

 

Néanmoins, au-delà de la brutalité du premier contact avec l’œuvre exposée, c’est l’hommage à l’imagerie numérique qui frappe également. Un second regard plus distant permet de reconnaître les protagonistes de la scène pornographique dans les personnages de Chris Redfield et Piers Nivans, personnages issus du jeux vidéo apocalyptique Resident Evil 6. Se déploie alors sur la toile tout un autre pan propre à la culture internet : celui du détournement constant des références et symboles qui transitent sur le web. De même que le collage, il semble également s’agir ici de la réinterprétation d’une technique artistique centenaire dont la Joconde moustachue de Duchamp n’est qu’un exemple parmi d’autres. C’est ainsi que la licorne, tirée quant à elle du populaire jeu vidéo pour téléphone mobile Robot Unicorn Attack 2, se voit réaffubler ici de sa symbolique médiévale de la pureté absolue, et contrebalance ainsi l’obscénité pornographique primaire de la composition.

 

La multiplication des symboliques véhiculées dans l’œuvre fait entrer en communication les éléments à première vue hétéroclites qui constituent le « collage ». « unicorn pop porn » rend ainsi hommage à la culture internet dans toutes ses caractéristiques, qu’il s’agisse du phénomène technologique virtuel qu’elle constitue, de son aptitude à transgresser les codes en les détournant sans cesse, ou encore de son statut de représentation d’une culture contemporaine dans tous ses paradoxes et son hétérogénéité.

 

Unicorn pop porn / english

Simon Wursten

UNIL

 

 

Yannick Lambelet’s paintings have the distinctive feature of what you could call «collage 2.0 ». As a point of departure of his body of work, the young swiss painter from Lausanne reinterprets the age-old technique of collage by adapting it to new technologies which are now available in the arsenal of contemporary arts practice. He collects images on the Internet, being Google an unlimited source of inspiration, and handles these elements by creating a digital «collage» which finds its materialization onto the canvas. By selecting seemingly arbitrary images on the Web, Yannick Lambelet saturates his compositions with heterogenic cultural references, which, reassembled, create a complex symbolic compostion. The transformation through digital editing subjects the images to a recontextualisation, which offers a new look on these elements emerging from the catchall of Pop Culture represented by the Internet. Yannick Lambelet gives thus the opportunity to observe, what constitutes a major aspect of our contemporary cultural heritage, in which the internet allows for compilation and synthesis. He questions in this way ethnographically our relationship to this dematerialized and virtualized heritage, which is nevertheless nothing less than the biggest archive of images, ever aquired by humanity.

 

For the exhibition “Unicorn pop porn” at Box43, Yannick Lambelet radicalizes his pictorial approach. Until now he adopted demiurgic gesture, in which he “resurrected” images that were previously reduced to a digital state. By returning images to their original materiality, the artist adopts this time a “Dr. Frankenstein” way of creating, since he tries to “give life” to computer-generated images that only exist in a digitized state. The passage from virtuality to materiality follows a process similar to that already evoked: selection of images and editing of the composition on the virtual canvas and materialization on the real canvas through painting. As well as Dr. Frankenstein’s creature, the work of Yannick Lambelet does not however hide its experimental aspects: the collage is flagrant, the sutures are visible, the virtual origin of the different elements is reaffirmed and even strengthened by the puzzling presence of an abstract coloured flat background. The strange result of this creative process is a fascinating hybrid between virtuality and materiality, neither completely living, nor completely dead, just like the zombies in the exhibited composition. Even if the material object is concrete, it causes discomfort out of the lack of emotion proceeding from the painting, reminiscent of the purely virtual origin of the composing elements of the composition. Yannick Lambelet plays here more than ever with registers, halfway between Digital Art and the Classicism of the pictorial medium.

 

On the occasion of his incursion into the digital, the young painter decides to explore the dregs of the virtual pictorial language. It is the dark, and at the same time, practically ontological side in this virtual heritage that is staged in the cold reference to pornography, which the Web is full of. Yannick Lambelet asserts here in a direct way its ethnographical posture by his flat refusal to classify registers, fundamentally considering the culture as an agglomerate of rites and representations without hierarchy.

 

Nevertheless, beyond the brutality of the first contact with the exposed work, it is the tribute to digital imagery that also strikes. A second more distant look enables to identify the protagonists of the pornographic scene as Chris Redfield and Piers Nivans, characters from the apocalyptic video game Resident Evil 6. A whole new part of the Internet culture spreads onto the canvas: the constant reappropriation of references and symbols that pass through the Web. As well as the collage, it also seems here to be a reinterpretation of a hundred-year-old artistic technique, of which Duchamp’s moustachioed Mona Lisa is only an example among others. This is how the unicorn, coming from the popular mobile phone video game Robot Unicorn Attack 2, seems here to recuperate its medieval symbolic of the absolute purity, counterbalancing the primary pornographic obscenity of the composition.

 

The multiplication of symbols conveyed in the work allows these “collage” elements, at first sight heterogeneous, to start communicating with each other. “Unicorn pop porn” pays tribute to the Internet culture in all its characteristics, the virtual technological phenomenon it represents, its capacity to break the codes by diverting them ceaselessly, or the fact that it is a perfect representation of our contemporary culture in all its paradoxies and heterogeneousness.